RAB DRY TOUR, D13 à vue !!!!!!!

Si la Grande-Bretagne est réputée pour le rugby, le cricket, le hockey sur gazon et les courses de lévriers, les activités verticales y sont loin d'étre nominées. Pourtant cette île (fortement) arrosée et (extrêmement) verdoyante est un véritable réservoir de l'alpinisme mondial, il faut comprendre qu'après avoir passé leur jeunesse à avaler des haricots blancs au p'tit déj pour aller ensuite racler des talus mal verglacés dans le brouillard, les gars rêvent de partir loin.  Et si, à cause de leur foutu conduite du mauvais coté, ils ne finissent pas sur le capot de la voiture d'en face en passant le premier rond-point, leurs carrières sont toujours exceptionnelles !!! Des années à manger des fish'n chips ou de la purée de petits pois jamais accompagnés de succulents desserts les ont rendu durs au mal et toujours de bonne humeur. De véritables qualités pour l'alpiniste qui veut aller plus loin...que la liste de course du probatoire. Il est certain que pour créer un circuit de dry tooling indoor qui fonctionne à merveille depuis une dizaine d'années, il faut surtout éviter de se prendre au sérieux. Imaginez, faire du bloc en crampons/chaussons, remonter une chaîne métallique sur 10 m ou essayer d'évoluer dans une voie où volontairement les prises tournent. Le pire, c'est que les gérants des salles paient des ouvreurs pour préparer tout ça!!!! Il serait urgent que la FFME aille leur expliquer comment il FAUT (rien) faire.
Voie de final, STS 2014, Glasgow
Merci à FinalCrux pour les tofs



Aussi quand RAB me propose de participer à un de ces événements, l'occasion de me faire quelques copains Beefs supplémentaires me séduit forcément. L'idée est de participer à un contest puis d'aller essayer les voies dures d'un des secteurs phares, The Works. Le contest fût l'occasion d'une rencontre inattendue et extrêmement émouvante. Après 2/3 heures de bourrinage sur les différents problèmes posés par les ouvreurs, un gars vient me voir et se présente, derrière il rajoute "Frendo Spur, summer '13". Le souvenir de ce secours me revient immédiatement en mémoire. Un matin d'été 2013, on me transmet une alerte " deux jeunes ont bivouaqué dans le Frendo, l'un d'eux a glissé, son partenaire ne le voit plus", malheureusement prés cela la communication coupe et nous ne réussissons pas à le rappeler. Une couche dense de nuages enveloppe toute la face nord, malgré le manque de visibilité et devant l'urgence, le pilote de l’hélicoptère fait le forcing pour nous poser à la rimaye. La proximité des câbles des bennes de l'Aiguille du Midi accentue la dangerosité de l'opération et après quelques minutes d'extrème tension, décision est prise de nous poser au Plan de l'Aiguille, nous continuerons à pied. Accompagné d'un médecin, nous nous dirigeons vers le pied de la face. Le mauvais temps de la veille a chargé la montagne en neige et avec le réchauffement de la journée de grosses coulées dévallent le versant nord. Pour trouver la victime plus rapidement et aussi éviter de rater l'attaque de la voie, je fais une erreur volontaire sur la gauche. Le pendant de cette action nous oblige à traverser horizontalement le pied de la face et nous exposent dangereusement aux avalanches. J'augmente la distance d'encordement au maximum en espérant que si une coulée nous embarquent, l'un de nous 3 restera en surface pour sortir les autres. Chance et rapidité, nous ménent à l'attaque sans encombre. Mais quand plus tard, le brouillard se lévera, un frisson me parcourt le dos, l'itinéraire que nous avons suivi a été intégralement balayé par les coulées!!! A l'attaque, pas de victime, il faut continuer à progresser pour retrouver les gars. Le médecin reste en sécurité au pied pendant que nous poursuivons. Sur ce terrain de roche humide et de neige sans consistance, le dry tooling fait merveille, nous remonterons les 2/3 de l'itinéraire sans que personne ne réponde à nos appels. La visibilité est toujours nulle et les conditions de la montagne ne s'étant pas amélioré, nous dé-escaladont l'itinéraire de monté. La nullité de notre résultat me dépite mais nous avons donné notre maximum, plein d'amertume nous regagnons le plan de l'Aiguille sans mot dire. il faudra attendre le lendemain pour agir. Quelques heures plus tard, en plein milieu de la nuit, un appel de secours nous provient du refuge du Gouter, un candidat au Mont-Blanc fait un malaise, il faut le descendre d'urgence. La chape de nuage s'est levée, grâce à l'hélico et la dextérité du pilote, le secours est rapidement menée. En remontant, de l’hôpital de Sallanches, nous reparlons du secours de ce matin, nous avons tous envie de retourner jeter un oeil là haut au cas ou, mais survoler la face nord sans aucune visibilité ni indice serait inutile et surtout dangereux. Mais d'un coup, un petit point lumineux clignotant attire notre attention. Pas de doute, c'est notre rescapé. L'euphorie est de courte durée car l'opération sera délicate. Si le "téléféérique" fait le bonheur de beaucoup, ses cables sont un véritable piége à hélico. Je sais que pilote et mécano vont gérer la situation, aussi je me concentre sur ce que j'ai à faire. Dans le mauvais temps sans visibilité, le survivant a posé son bivouac sous le plus gros sérac de la face. Inconcevable que je m'expose en rompant la ligne de vie qui me relie à mon ange gardien, je travaillerai donc pendu au cable du treuil et dans le souffle du rotor qui m'envoie sans cesse de la neige en pleine figure. Dans les quelques instants qui précéde le treuillage, je me répéte intérieurement les gestes a effectuer, l'exposition sous le sérac est telle que chaque seconde gagnée sera précieuse : sortir mon gars de son sac de couchage, le sécuriser sur moi, vérifier que son baudrier est bien fixé, le détacher de son relais puis faire dégager l'hélicoptére en étant certain que l'alpiniste n'est pas accroché à la paroi de glace par une longe qui aurait échappée à mon attention.  En effet, ce genre de mésaventure pourrait déstabiliser la machine, et nous conduire tous vers une issue fatale. Une fois ce schéma intégré, je fais un petit signe de main au mécano, le secours de Harry peut commencer.
Malgré cet accident, il a continuer la montagne et est maintenant le meilleur représentant de sa majesté dans les coupes du monde d'escalade de glace.

Le contest déroule, je ferais les 15 problémes à vue et gagnerais la finale :-) Une journée de repos à visiter Glasgow puis on  prend la route de Lake District. La bas, mon objectif est de tenter la réalisation d'une voie équipée et réalisée par Greg Boswell. Alpiniste de talent, le bougre est une montagne de muscle et je sais que le challenge ne sera pas simple, j'ai bien regardé la vidéo de son enchainement et je sais que ce cochon à fait deux mouvements extrémement loin, si loin que le trés entrainé et tres grand Hollandais Dennis Van Hoeck ne les a pas réussit. Comme la pluspart des sites de dry locaux, The Works est situé dans une carriére désaffectée. Les profils sont soit ultra-déversant soit carrément en toit. Le premier jour, prés un 9+ en échauffement, je tente "Guardian of the underworld", un D13 ultra long.  A part le Boswell, le peu de répétition ont été faite avec Yaniro et du coup, les pieds sont à découvrir avant chaque mouvement. Pendu au plafond, ces quelques secondes coutent trés cher en potentiel et finalement je tombe cramé à 2 moov de la fin du crux !




 Le lendemain, aprés un échauf' rapide, je suis motivé à 3000% pour tenter le 13 de "Powerdab". Actuellement, la côte la plus dure en dry est 14 , il existe seulement deux voies de ce niveau au monde : IronMan de Robert Jasper et Bichette, ma voie à l'Usine. Coté performance, la meilleure perf  à-vue doit tourner dans le 12. Une bonne observation de la ligne me met en confiance, il n'y a que 14 mouvements dans un quasi-plafond mais ça à l'air jouable à-vue !!!! Les séances d'entrainement à la grotte de Castor vont porter leurs fruits :-) Dés le premier moov, un jeté puissant, le ton est donné. 30 minutes d'effort et je tords la ligne à-vue. Dément, c'est surement la meilleure perf mondiale !!!!!!! Le dernier jour, je chope enfin la chaine de Guardian. 2 voies en D13 dans la besacce, jolie moisson :-))
Crédit Photos : Dorota BANKOWSKA / Connor Mc CARTHY / Andrew RUTHERFORD
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Et en cadeau, ces belles images prises sur la falaise de Quintal(74) par Julien FERRANDEZ http://julienferrandez.com/














RED BULL White Cliffs

RedBull, c'est d'abord cette boisson délicieuse au gout de fraise Tagada qui réhausse à merveille la Vodka.  C'est aussi une des rares entreprises à réinjecter une partie de ses outrageux bénéfices dans des événements sportifs d'ampleurs.

 Du coup, quand ils m'ont contacté pour faire le guignol avec des piolets, mon hésitation a été de l'ordre de la nano-seconde!!!!!
Toutes les belles photos sont dues à l'index de Jon GRIFFITH
 Me voilà donc traînant mon mauvais anglais sur l'île de Wight, grosso modo située sur la côte SW du Beefland. Le désert de ma culture pop m'a fait occulter cet endroit connu pour ses mythiques concerts des années 1970 qui rassemblaient jusqu'à 600 000 spectateurs venu écouter les Doors ou Jimmy Hendrix.

La bonne époque des années 70. Y zétaient détendus les gars en ce temps là



Pour les 10 grimpeurs choisis, pas de concerts géants, ni de public à outrance mais une occasion exceptionnelle de pratiquer dans un univers totalement différent de celui que l'on côtoie habituellement. Le coin est légèrement vallonné garni d'herbes rases genre entretenu par un jardinier suisse méticuleux puis d'un coup la falaise tombe à pic dans la mer.



Le vent souffle sans discontinuer et la météo passe d’exécrable à magnifique toute les 10 minutes. Situé à la pointe de l'ile, l'emplacement fut longtemps un terrain militaire dédié aux missiles nucléaires durant la guerre froide. Étrange mélange des genres.....

La teneur de l’événement est clairement annoncée, parcourir d'une traite 100m verticaux.


 Les vagues énormes rendent la durée de vie sur la plage équivalente à celle de survivre à un pique nique sur la bande d’arrêt d'urgence de l'autoroute du Soleil le week-end du 15 Août. C'est donc en moulinette que l'on y accédera. On quitte la plateforme pour se retrouver balancé par un vent furieux.

Après 15m verticaux, le dévers se creuse, il faut alors mousquetonner une bonne trentaine de dégaines sans lesquelles la descente se terminerait dans l'eau peu attirante de la Manche. Seul sur les galets en crampons, l'ambiance est irréelle, le bruit des galets roulés par la mer ajouté à celui des vagues qui s'écrasent à moins de 10m derrière le grimpeur restera gravé dans la mémoire de tous. Du bas, on ne voit ni l'arrivé, ni personne d'ailleurs, juste une petite voix dans l'oreillette qui te dit "3,2,1, goooooo".



Après un jour d'entrainement sur une autre voie et un repérage de la ligne de compétition, l'expérience est faible mais chacun à compris qu'il faudra prendre un maximum de risque pour gagner. Celui qui voudrait trouver des prises solides à 100% mettrait plus d'une heure à parcourir la distance, pour être rapide, il va donc falloir se pendre bien trop souvent sur des reliefs incertains. Les lames affûtés à l’extrême tenteront de s'enfoncer de quelques millimètres dans la matière inconsistante.




Le premier run ne respire pas la sérénité
Les fameuses fragiles"écailles" du White Cliffs








 Les premiers mètres sont instables puis on se lance dans une traversé en craie plus compacte. Le passage des concurrents à certaines fois creusé des bacs et d'autres fois fait effondrer des grosses écailles qui laissent place à des plaques complètement lisses. Ici pas de trous forés, ni de prises vissées, tout est blanc et la raideur empêche le regard de porter loin. Trouver chaque prise demande une extrême concentration et se pendre dessus un effort moral certain. Heureusement nous les grimpeurs avons le cerveau qui se déconnecte avant les biceps, cette particularité anatomique est des plus efficaces dans ce genre de situation. Après 3/4 minutes, les neurones dédiés au jugement sont mis sur off, la progression est rendue beaucoup plus simple quand la case "j'évalue" disparaît. Reste les fondamentaux "Je crochète, je tracte, je crochète, je tracte......" Sans repère de temps pour éviter d'étre déconcentrer, je monte du mieux que je peux en me fiant aux sensations. Parti en dernière position, j'ai le classement bien en tête. Le Russe Alexey Tomilov est monté en 16'46, vouloir battre ce type sera difficile. Véritable machine de la discipline, 3éme de la coupe du Monde 2014, entraîné 9 mois dans l'année, il est clairement au dessus du lot.
Russian machine en démo à Sotchi
 4 minutes derrière, mon pote Will Mayo a créé la surprise, lui qui se targue d'étre lent!!!!Le troisième est encore 2 minutes derrière.
Will MAYO, à Vail, CO, USA, dans un M13 de sa création
 Tous les concurrents sont forts et même si je suis extrêmement confiant, je sais qu'en compétition l'erreur est éliminatoire.
Une belle brochette de gars exceptionnels de gentillesse et de talents.
 L'écossais Greg Boswell et le Canadien Gordon McArthur
Ci dessous, L'ancien champion du monde Markus Bendler

Dennis Van HOEK, plus rapide grimpeur de la World Cup de Saas Fee 2013
 Avec un  nombre de mouvements sur prises foireuses proche de 300, la possibilité de chute est élevée!!!!! 20 mètres sous la cloche, le terrain se couche mais la craie est, là dure comme de la pierre, rendant les crochetages sur quartz aléatoires. Tomber à cet endroit serait stupide mais ralentir me gave, je donne tous ce que je peux et saute littéralement sur le gong. Je ne connais pas encore la qualité de ma prestation mais je suis satisfait de moi même, j'ai donner mon meilleur. Rapidement, les cris environnants me font comprendre que le résultat ne sera pas pire. 2ème du classement et sous la barre des 20 minutes, je peux être satisfait.








Podium, photos, douche puis comme chaque jour, l'organisation nous invite au restaurant mais ce soir, en plus, ils ont carrément réservé le Pub. Cerise sur le gâteau, tout est à volonté et le barman a bac+10 en cocktails infernals.

Les grimpeurs, au premier plan Scott MUIR, le Gentil Organisateur.