Light, fast et sans cervelle


C'est une nouvelle catégorie dans le monde de l'alpinisme, facilement repérable grâce à leurs tenues tirées à quatre épingles, le sac de 30 litres sur le dos, la Suunto au poignet, les petites chaussures de randonnée à 300 gr et les skis à 800 euros, les formules 1 de la montagne en jette un maximum dans les files d'attente des téléphériques. Des images de Killian et d'Ueli plein les yeux, ils ne sont pas là pour plaisanter, d'ailleurs n'ont ils pas parcouru la Grande Face Nord à la journée, en moins de 9 heures 28 minutes 45 secondes et 30 centièmes !!! Par grand beau temps, sans vent, quand il n'y a qu'à suivre la tranchée laissée par la foule, l'illusion est parfaite : le light'n fast, c'est de la bombe, en plus j'ai eu 35 likes sur mon Facebook, demain c'est sûr je serais sponso'. Mais la montagne est exigeante ; si elle sait laisser sa chance une fois, tous les coups ne seront pas gagnants. Pour tenter d'étre à la hauteur, il faut de l'expérience et un cerveau. Bourriner comme un âne de skieur-alpiniste qui remonte une piste servira mais un peu plus tard, bien plus tard.  Il faut voir plus loin que le bout de son nez, ces gars sont des pros, sur-entrainés, largement surdoués par rapport à la moyenne et qui surtout ont des années d'expérience derrière eux.
Curieusement, attentifs aux moindres grammes superflus, les fils spirituelles de la pratique Hispano-Helvétique ont toujours un portable dans le revers de leur veste high tech, très utile pour les selfies et .... les appels au secours.
Des crevasses, ou çà ?
Comment j'explique à mes gamins qu'il ne faut pas sauter les crevasses aprés ?

Entre idoles qui (semblent) flirter avec la mort et événement commercial nase à l'affiche aguichante, le quidam de la montagne a forcément du mal à savoir ce qu'on fait la-haut ! Un stade de sprint avec crampons aux pieds, un parc de free-style ou terrain pour skieurs de rando. Dernier né des évènements exploitant le nom Mont-Blanc et surfant sur la vague du ski-alpinisme. Voilà  La-Trace-du-Mont-Blanc , cautionnée par les hautes instances de la Vallée et qui plus est éco-responsable, ce genre d’événement ne fait que tirer l'image du massif du Mont-Blanc vers le bas...mais vu le bénèf' de l'UTMB pourquoi laisser échapper une telle manne financière, un focus média en plus. Il est vrai que je me suis enflammé car les 22500 euros de bénéfice potentiel (300 concurrents à 75euros ici) ne paieront que les services de pro embauchés pour l'épreuve plus d'info. Mais chacun sait que la réussite de ce genre d'évènement se mesure dans l'impact média plus que dans la rentabilité immédiate.  
Welcome in Chamoney land ! Cette année une course pour voir, dans 10 ans combien? La brèche Puiseux à l'envers, le réactor à la montée, Midi Plan en aller retour sans déchausser, l'inscription de cette course au calendrier international, l'été un trail place de l'église-top de la Bosse? Comment les organisateurs de ce genre de merde ne peuvent ils pas anticiper les risques pris par les concurrents lors des repérage et des entraînements. Pour bourriner à 3600m, il faut s’entraîner à 3600 et pas sur la Pierre à Ric. Dans ces secteurs forcément potentiellement crevassés, qui va vérifier que les gars évoluent en sécurité ? 
Imposer un matos minimum c'est bien, mais combien savent réellement faire une mariner double in situ? Combien on mis en oeuvre un mouflage efficace avec un brin de 8mm? Un corps morts avec des skis light, ça résiste à combien ? Les concurrents vont-ils effectuer une recherche DVA avant le départ, s'ils dépassent le temps max, ils sont éliminer ? Même bien encordé, tu te vois passer ne serait-ce qu'une heure au fond d'une crevasse avec ton collant jaune, mec? Le passage des séracs, qui va le sécuriser et même en interdisant les pauses dans cette section, on ne supprime pas le problème! Ne met-on en pas en danger la vie des compétiteurs en les engageants dans un tel passage?
 La surfréquentation du Mont-Blanc semblait préoccuper bon nombre de personnes il y a encore 6 mois, alors quand aujourd'hui des institutions prestigieuses de la vallée montent ce genre de manifestation, s'il vous plait Messieurs-dame, dites moi ce qui vous motive ?  La beauté du paysage ? l'effort sportif ? Dites nous les ambitions de cette course à terme !
Je défie n'importe qui d'enrayer une chute en crevasse dans cette configuration
Mais je m'égare dans l'inintéressant...Posté à la croisée des chemins des alpinistes et de leurs anges gardiens, ma position tend vers un déséquilibre certain. Je m'explique : Alpiniste depuis quasiment un quart de siècle, je ne peux que comprendre la détresse de mes congénères. Secouriste, habitué des situations de crise, le nombre d'alertes dû à un manque de compétence m'énerve au plus haut point. Ces dernières semaines ont cumulé des événements qui poussent à l’interrogation.

   - Un alpiniste secouru, incapable de poursuivre son ascension suite à une casse de crampon alu dans la voie des Suisses aux Courtes.

   - Une cordée qui grimpe sans se soucier de l'horaire, prise par  la nuit, perd la seule frontale, incapable de descendre doit attendre la venue des secouristes le lendemain matin. Bonus : doudoune et boisson étaient restée dans le sac...à la rimaye.

   - Une cordée bloquée qui invente un faux bilan médical pour justifier la venue nocturne de l'hélicoptère.

   - J'occulte évidemment tous le public "Vallée Blanche" qui pense être sur les pistes balisées du Brévent et dont la survie sur cet itinéraire glaciaire est uniquement dû au facteur chance. Imaginez : certains pensent trouver des pisteurs ou du balisage le long de l'itinéraire. L'un dit être à proximité d'un restaurant en parlant du refuge du Requin. L'autre demande une moto-neige pour le récupérer, le troisième conseille à son ami de déchausser ses skis en plein passage des séracs, d’après lui se sera plus simple et bien sur qu'il est en sécurité, il a ses crampons aux pieds!!!!

Force est de constater que la population qui parcourt les montagnes se divise en 3 catégories : Les Alpinistes, les prudents qui peuvent se payer le service d'un guide et les amateurs en sursis. Pour moi, un alpiniste est bien plus qu'un simple sportif car avant d'agir, il lui faudra approcher et ensuite revenir. C'est dans ces 2 actes que le vrai alpinistes fera la différence. Choix de l'itinéraire en tenant compte de l'exposition aux séracs, des crevasses du risque nivologique, longueur d'encordement adaptée, technique maîtrisée en cas de soucis (mouflage...), construction rapide de relais. Renoncement? Késako ? Un précepte sermonné dans l'ancien temps par des alpinistes couards ! Les belles journées de cet fin Mars en Vallée Blanche semblent vérifiés que le renoncement en cas de cordé déjà présente dans une goulotte est caduque, la ruée des bœufs Mac-Intyriens aux Jorasses de cet automne l'aurait validé. La norme actuelle serait environ à 5 ou 6 cordées pour les voies inférieures à 300m, rajouté 2 cordées pour 100 mètres supplémentaires. Désormais, il faut prendre l'affluence comme un gage de sécurité !
Malheureusement, tels une roulette russe égalitaire, la montagne frappe, en nombre, chacune des 3 catégories de façon quasiment identique. Si l'on est au pro-rata, plus t'es blaireau plus t'as de chance...Déprimant !

En tant qu'alpiniste, je me demande sincèrement ce que font tous ces amateurs de 3éme catégorie en montagne. Le L'nF me fait gerber à un point que je me refuse les skis light et les lowtech, mais comment comprendre l'idiot qui prend des crampons ultra-léger, à peine efficace pour une pente de neige, pour partir à l'assaut de la face nord des Courtes, se rend il compte que c'est quasiment du suicide? Et ces gens qui ne sont pas fichu de se calculer le temps nécessaire à une descente en rappel. Quand on a une frontale pour 2 et peu d'affaires chaudes, il faut se ménager un minimum de marge, surtout quand la météo annonce un foehn fort. Ont ils en tête les risques de gelures irréversibles qu'ils encourent?
Pour les derniers, mon cœur balance, je sais que quand on pris par la nuit, avec le poids la fatigue de la journée augmenté du stress dû à l'environnement, on peut avoir des propos exagérés. Ainsi, dans le langage commun "avoir les doigts gelés" ne signifie pas qu'on fait le remake de Stephane Benoist à l'Annapurna. Malheureusement pour eux, l'infraction, "fausse divulgation de renseignement afin d'engager des secours", est retenue, cataloguée délit (= possible garde à vue), elle est répréhensible de 2 ans d’emprisonnement assortit de 30 000 euros d'amende. Le juge du tribunal de Bonneville tranchera à la mi-juin.

 J'ai toujours détesté les sanctions, mais arrive un moment où il faut savoir taper du poing sur la table et dire : "STOP les gars, arrêtez, vous faites de la merde, c'est votre propre intégrité que vous mettez en péril". Il n'en faut pas plus pour que certains se mettent en tête que les secouristes vont se cacher derrière cette excuse pour ne plus effectuer leurs missions Croire que l'on a peur de partir en secours reviendrait à dire qu'un skieur de descente ne veut plus se présenter au portillon d'une grande course. Il serait faux de penser que parce que c'est notre métier, on ne connait ni doute ni angoisse car du fait du lieux, couloir du Gouter (chutes de pierres) ou glacier,  l'issue d'un secours n'est jamais certaine. Alors si on rajoute des conditions délicates ( "haute altitude", nuit , vent, nébulosité...), c'est comme servir une tequila frappée à Guillermo Fayed avant qu'il ne prenne le départ de la Streif.
Trop récemment, nous recevons un appel suite à la chute d'un alpiniste. Départ rapide en hélico avec un autre secouriste et le médecin urgentiste. Le foehn forci en s'approchant. Pour faciliter ses manœuvres, le pilote s’allège d'une personne. L'approche continue, la victime est repérée mais les instabilités dues aux rafales oblige le pilote a s'alléger encore, le médecin et un maximum d'affaire sont sortis du cargo. Le lieu de l'accident est un glacier, aussi je présente au pilote, ce que j'estime être une zone "à peu prés sûre" pour évoluer sans assurance. Le dialogue pilote/secouriste est bref, l'analyse des 2 parties doit être précise car une fois la manip lancée, le retour en arrière sera compliqué. Comme souvent la maîtrise exceptionnelle de l'équipage permet la dépose avec une facilité déconcertante...en apparence uniquement ! Pendant que l'approche se termine, le mécano entame ma descente. Le point de dépose convenue est situé derrière une crête, l'aérologie est extrêmement turbulente. Le vent change sans arrêt de direction, le pilote lutte un long moment pour trouver le placement idéal. Il lui faudra pas moins de 4 présentations pour réussir la dépose. Durant ces instants incertains, chacun rogne ses marges pour mener à bien la mission, aussi le bilan est cruel quand l'annonce tombe : "victime décédée".


Trilogie à Kandesteg, "Hard Pitches Only"

Un aperçu du parcours
Il y a 2 ans, celui qui pour moi est le véritable leader du dry-tooling, Robert Jasper, enchaînait une ligne complètement hallucinante dans la fameuse grotte de la falaise de Breitwangflue. La vidéo montrait notamment une deuxième longueur qui traversait un véritable toit , ce qui me motiva au plus au point. Un article paru sur "Rock and Ice" qualifiait la ligne de "Scarefest" rapportant les propos de RJ sur le rocher fragile et l'équipement incertain, ce qui me terrorisa au plus haut point. A la fin de l'hiver suivant, je me trouvais à mon tour au pied du mur. Comme dit l'expression "c'est au pied du mur qu'on voit le maçon", j'avoue que cela aurait été fort à propos car des le premier mètre,  la qualité de la structure aurait eu bien besoin d'un renfort de béton. Forcément, le couplage de 2 pitons planté dans cet ersatz de rocher qui faisait office de première protection pris d'entré le podium dans la catégorie "......". Le deuxième mouvement me confirma la non qualité du rocher quand j'arrachais un joli bloc. Le bénéfice de cela portant sur le couplage qui pour une raison inconnu ne s'arracha pas. Fort de cette expérience, je continuait en artif oubliant rapidement la tentative "à-vue". Je dûs revoir mon jugement sur la solidité des protections quand les 2 points du couplage suivant s'éjectére, Un camalot moins branlant  me donna tout le loisir de réfléchir au crux. La fin de cette première longueur tout en glace me mit rapidement au pied du monstre. Encore moins rassuré que quand j'étais pas rassuré, je pars doucement mais toujours en artif, la notion d'escalade ayant complètement disparu de mon cerveau liquide. 3 heures plus tard, je chopais enfin les cordes moisis qui symbolisaient dans un premier temps la fin de la longueur et dans un deuxième le relais sur lequel je devais me pendre. Terrorisé, j'avais rajouté tellement de protections dans tous les sens que la corde qui me reliait à octave était totalement coincé, il fut obligé de remonter au jumar ! La 3éme longueur négociée mi en libre mi en artif fut vite torché.  Ce désastre Napoléonien me coupa toute velléité d’enchaînement et sûr de ma décision, je jurais de ne plus jamais au grand jamais y remettre les piolets. De retour dans la vallée, je cherchais la première free Wifi pour regarder encore et encore Robert le magnifique dans mon pire cauchemar. Probablement politicien dans ma vie précédente, j'oublias rapidement ma ferme résolution et prenais une option complètement opposé. Grimper "Ritter et le Holly Graal" et l’enchaîner à 2 autres monuments de mon Roberto d'amour : "Mach 3", 150m, M9/90° et "Flying Circus", 100m, M10/90°.

Ze Place

Une partie du matos...
Pour étre sûr de m'en rappeler, j'élaborais un plan à 3 niveaux.
- Sur muter en dry.
- Trouver un partenaire fort et fort motivé...et fort disponible.
- changer de femme, non je rigole, c'est juste pour savoir si ma charmante épouse lit mon blog ou qu'elle le "like" sur  Facebook pour me faire plaisir.
Ju attaque M3 par "tears of..."
Finalement cette automne fût au-delà de mes espérance, j'ai été un peu le Kwon YoungHye Français : point 1, check !
Le point 2 touche l'essence de cet enchaînement, car si jusqu'à là les grandes lignes mixtes on mis en avant le leader, le second se démerde pour suivre en artif ou au jumard. Sans me la péter, Julien Irilli ou moi avons le niveau pour enchaîner en tête l'ensemble, mais je voulais que ce soit une réussite commune, dans le même esprit que ce que j'ai fait avec Korra les années précédentes. Nous nous sommes rencontrés en grimpant sur le site de Quintal, comme souvent en grimpe, l'occasion fait le larron et nous avons continuer à nous entraîner ensemble régulièrement, sa conti mutanesque m'a rapidement fait penser qu'il avait un potentiel pour mon projet. Son mental en acier trempé dans la face nord des Jorasses fut aussi un bon point. Un petit trip de quelques jours me confirma qu'on allait faire cordée commune sur les hauteurs de Kandersteg. Nos seuls divergences étant d'ordre culinaires, j'ai toujours détesté le riz mais comme plat unique et aux 3 repas quotidien...Ce détail mis à part, le projet pouvait étre lancé. En résumé, 2 ou 3 jours de repérages, 2/3 jours de repos, 2 jours de mises en place du matos, 1 jour de repos, 1 jour pour faire. Le tout majoré au gré des anticyclones...
Ju, L3 de FC
Je posais 2 semaines en Janvier, mais les conditions sont trés moyennes. L3 de Ritter est pauvre en glace, L3 de Flying est une cascade d'eau et L2 de Mach3 trop fine pour être grimpable. Malgré tout nous grimpons les 2 premières de Flying et L1 de Ritter. Dans la longueur clef, je suis plus à l'aise sauf que 2 mètres restent irrésolus. Dépités, nous rentrons en France. Le projet est mis aux oubliettes greques, bref je suis au plus bas ! Un rebondissement météorologique va nous ramener là plus vite que prévu. En effet, nous avons programmé 17 jours de glace en Norvége...Aprés 3 jours sur place avec des températures positives et des prévisions météo négatives, nous rentrons le lundi suivant. A 20h, je me pose à Genève... pour repartir le lendemain matin à 6h vers le MilkaLand. Les conditions se sont nettement améliorés et la météo est complètement favorable, d'un coup la motiv' remonte à bloc ! En 2 jours, nous parcourons Mach 3, Ritter et les 2 premières longueurs de Flying. Je profite de l'occas' pour trouver la méthode du passage du toit, et enchaîne dés l'essai suivant. J'empoche donc la 3éme ascension de cette longueur, après Ze Robert et Inés Paspeurderien. Comme souvent, c'est la première sans Yaniro, au vue du profil, je remonte la cotation à D13.
La longueur dur de Ritter
 Julien n'étant pas fonctionnaire, il doit retourner vendre quelques bi-places pour payer son riz de la semaine suivante. Rendez-vous est pris 3 jours plus tard. Fin énervés, nous partons pour équiper intégralement Ritter et Flying dans la journée. J'attaque par FC, pour me rétablir au dessus d'un petit surplomb, je dois contourner un gentil glaçon. Au passage, je l'effleure du bout du genou. Si le glaçon ne mesure que 2 cm de diamètre à la hauteur de mon genou, il en fait bien 60cm 10 mètres plus haut !!! Le tout se détache sans prévenir,me broie la cuisse pendant quelques secondes durant lesquelles je suis pendu à une main sur mon piolet. Julien se trouve par chance décalé de 1 mètre du point d'impact, nos affaires, elles, ont été emporté par la masse de glace. Je reste 10 bonnes minutes à chouiner sur mon sort et reprend la grimpe. Cet avertissement ne me détends pas car Julien en avait déja décroché un lors de la session précédente, je dois donc grimper sur le dernier de la bande en espérant qu'il ne lui prenne pas l'envie de rejoindre ses potes dans le pierrier ! Finalement, cette journée se terminera à merveille, Ju enchaînant la longueur clef de Ritter en posant les paires! Une longue journée de repos et enfin le lendemain la libération sonne à 4h00. Au fond de moi, je sais que l'on a les capacités de réussir mais dans ce type de grimpe où les prises ne mesurent que quelques millimètres, une zipette ou une ancrage qui casse sont fortement probables. Pour valider notre enchaînement, nous voulons le leader grimpe sans tomber. S'il tombe, il devra repartir du relais.
Un peu avant 7 heures, j'attaque à la frontale M3. A partir de là et pendant les heures qui vont suivre, tout déroulera à merveille. A chaque retour au sol, nous prenons même le temps de boire des thés et de manger des gâteaux ! Sans stress et sans pression, nous finissons à 16h. Une journée de rêve !

Parking : 5.00
Pied face : 6.20
Attaque Mach3, par la voie "Princess..." : 6.45
Descente en rappel de 55m, aprés la longueur de dry sur abalakoff.
Re pied : vers 10h
Attaque Ritter : vers 10.15
Descente en rappel de 25 m, aprés la 3éme longueur de dry sur abalakoff.
Re Re pied : vers 13h
Attaque FC : vers 13.30
Descente en rappel depuis R3.
Re re re pied et fin à 16h00
Merci Robert pour ces belles voies

                                                                   P'tite vidéo




















Motivation.

J'avais commencé ce texte fin septembre mais le support qu'il devait nourrir ne put étre mené à bien pour cause de condition météo défavorable. Même si ce projet n'est pas extra-ordinaire pour les magazines, 4 mois aprés il me fait toujours battre le coeur un peu plus fort quand j'y repense. Pour tenter d'en garder la primeur, j'efface donc le récit de l'échec mais  mon coté branleur m'interdit d'appuyer sur le "suppr" de mon clavier pour le reste. Comme souvent, mes projets sont des trucs de "seconde zone" mais pour une raison inconnue (surtout de ma femme) ceux-ci arrivent à mobiliser l'essentiel de l'énergie de mon mètre-soixante-huit-et-demi.
En début de "carrière", sans connaissance, il te faut des idées pré mâchées, les 100 plus belles de Rébuffat ou de Batoux s'avèrent des guides de luxe. Un peu plus curieux, tu feuillettes les NGM de Damilano. Avec une connaissance du massif qui s'améliore, les guides Vallot te tendent les bras. Petit conseil, les plus intéressants sont les plus anciens ! Une fois, ces lectures assimilées, il ne reste que peu de chose : ouvrir les yeux et écouter battre son cœur, regarder la montagne, imaginer l'itinéraire qui jusqu'à sa tentative restera l'idée obsédante. Aura-t-on un jour au prestigieux examen de guide une rubrique sur les courses qui ont passionnées les jeunes candidats à la médaille. Tout l'opposé que de se retrouver à peu de jours de la clôture des inscriptions à plusieurs cordées dans la même course "cadeau Bonux" des Écrins. S'il est indéniable que le niveau technique est en hausse, la fréquentation des Jorasses et du Cervin en témoigne. Je me demande quelle est la réelle motivation de ce public ? Un selfie à la rimaye ou dans le crux, la fierté d'annoncer un horaire à la minute prés, une dizaine de "Like" sur un statut FB, rajouter un tiret à son "palmarès" pour démarcher un sponsor, passer pour un "fort" dans les rues de Chamonix. Naïvement, je pensais que s'entasser par grappe de 5 au relais était réservé aux débutants sans connaissance des risques auxquels ils s'exposaient, démonstration par l'absurde a été faite quelques semaines durant l'automne dernier.
Pour cet hiver, je me suis inventé un projet ambitieux et même si je ne suis pas certain de sa réalisation, l'important est qu'il me porte pendant quelques mois. Au printemps un autre lui succédera! Mais comme je le dis toujours, je dois être "prés à". Cet automne, une succession d’événements m'y ont, en tous cas, bien préparé, comme toujours le hasard m'y a bien aidé.
Le RedBull WhiteCliffs fut une bonne entrée en matière de reprise des piolets, rien de tel qu'un peu de cardio pour se remettre la caisse.
Une belle 2ème place !
Le tour dry au Royaume unie m'a fait pousser les abdo et surtout bien gagner en confiance.
First D13 onsight ever !
 Un petit mois de récupération puis je reçois un message plutot concis "I would really like  to invite you to come to climb "pray for power", signé Michi Wohlleben. Si je connais l'auteur, jeune prodige allemand de tout ce qui touche à l'alpinisme et guide depuis l'âge de 23 ans, le nom de la voie ne me cause absolument pas. Un petit coup d'internet plus tard pour voir le profil de la voie et ma motivation remonte en flèche.
D14, premier essai
La fin 2014 se passera en Italie où aprés avoir vue la video d'Angelika Rainier, l'objectif suivant se dessina tout seul.

2 x D14 en deux jours !!!
Maintenant que le physique est là, un petit peu de gel et il sera temps de s'atteller au PROJET !!!!!

RAB DRY TOUR, D13 à vue !!!!!!!

Si la Grande-Bretagne est réputée pour le rugby, le cricket, le hockey sur gazon et les courses de lévriers, les activités verticales y sont loin d'étre nominées. Pourtant cette île (fortement) arrosée et (extrêmement) verdoyante est un véritable réservoir de l'alpinisme mondial, il faut comprendre qu'après avoir passé leur jeunesse à avaler des haricots blancs au p'tit déj pour aller ensuite racler des talus mal verglacés dans le brouillard, les gars rêvent de partir loin.  Et si, à cause de leur foutu conduite du mauvais coté, ils ne finissent pas sur le capot de la voiture d'en face en passant le premier rond-point, leurs carrières sont toujours exceptionnelles !!! Des années à manger des fish'n chips ou de la purée de petits pois jamais accompagnés de succulents desserts les ont rendu durs au mal et toujours de bonne humeur. De véritables qualités pour l'alpiniste qui veut aller plus loin...que la liste de course du probatoire. Il est certain que pour créer un circuit de dry tooling indoor qui fonctionne à merveille depuis une dizaine d'années, il faut surtout éviter de se prendre au sérieux. Imaginez, faire du bloc en crampons/chaussons, remonter une chaîne métallique sur 10 m ou essayer d'évoluer dans une voie où volontairement les prises tournent. Le pire, c'est que les gérants des salles paient des ouvreurs pour préparer tout ça!!!! Il serait urgent que la FFME aille leur expliquer comment il FAUT (rien) faire.
Voie de final, STS 2014, Glasgow
Merci à FinalCrux pour les tofs



Aussi quand RAB me propose de participer à un de ces événements, l'occasion de me faire quelques copains Beefs supplémentaires me séduit forcément. L'idée est de participer à un contest puis d'aller essayer les voies dures d'un des secteurs phares, The Works. Le contest fût l'occasion d'une rencontre inattendue et extrêmement émouvante. Après 2/3 heures de bourrinage sur les différents problèmes posés par les ouvreurs, un gars vient me voir et se présente, derrière il rajoute "Frendo Spur, summer '13". Le souvenir de ce secours me revient immédiatement en mémoire. Un matin d'été 2013, on me transmet une alerte " deux jeunes ont bivouaqué dans le Frendo, l'un d'eux a glissé, son partenaire ne le voit plus", malheureusement prés cela la communication coupe et nous ne réussissons pas à le rappeler. Une couche dense de nuages enveloppe toute la face nord, malgré le manque de visibilité et devant l'urgence, le pilote de l’hélicoptère fait le forcing pour nous poser à la rimaye. La proximité des câbles des bennes de l'Aiguille du Midi accentue la dangerosité de l'opération et après quelques minutes d'extrème tension, décision est prise de nous poser au Plan de l'Aiguille, nous continuerons à pied. Accompagné d'un médecin, nous nous dirigeons vers le pied de la face. Le mauvais temps de la veille a chargé la montagne en neige et avec le réchauffement de la journée de grosses coulées dévallent le versant nord. Pour trouver la victime plus rapidement et aussi éviter de rater l'attaque de la voie, je fais une erreur volontaire sur la gauche. Le pendant de cette action nous oblige à traverser horizontalement le pied de la face et nous exposent dangereusement aux avalanches. J'augmente la distance d'encordement au maximum en espérant que si une coulée nous embarquent, l'un de nous 3 restera en surface pour sortir les autres. Chance et rapidité, nous ménent à l'attaque sans encombre. Mais quand plus tard, le brouillard se lévera, un frisson me parcourt le dos, l'itinéraire que nous avons suivi a été intégralement balayé par les coulées!!! A l'attaque, pas de victime, il faut continuer à progresser pour retrouver les gars. Le médecin reste en sécurité au pied pendant que nous poursuivons. Sur ce terrain de roche humide et de neige sans consistance, le dry tooling fait merveille, nous remonterons les 2/3 de l'itinéraire sans que personne ne réponde à nos appels. La visibilité est toujours nulle et les conditions de la montagne ne s'étant pas amélioré, nous dé-escaladont l'itinéraire de monté. La nullité de notre résultat me dépite mais nous avons donné notre maximum, plein d'amertume nous regagnons le plan de l'Aiguille sans mot dire. il faudra attendre le lendemain pour agir. Quelques heures plus tard, en plein milieu de la nuit, un appel de secours nous provient du refuge du Gouter, un candidat au Mont-Blanc fait un malaise, il faut le descendre d'urgence. La chape de nuage s'est levée, grâce à l'hélico et la dextérité du pilote, le secours est rapidement menée. En remontant, de l’hôpital de Sallanches, nous reparlons du secours de ce matin, nous avons tous envie de retourner jeter un oeil là haut au cas ou, mais survoler la face nord sans aucune visibilité ni indice serait inutile et surtout dangereux. Mais d'un coup, un petit point lumineux clignotant attire notre attention. Pas de doute, c'est notre rescapé. L'euphorie est de courte durée car l'opération sera délicate. Si le "téléféérique" fait le bonheur de beaucoup, ses cables sont un véritable piége à hélico. Je sais que pilote et mécano vont gérer la situation, aussi je me concentre sur ce que j'ai à faire. Dans le mauvais temps sans visibilité, le survivant a posé son bivouac sous le plus gros sérac de la face. Inconcevable que je m'expose en rompant la ligne de vie qui me relie à mon ange gardien, je travaillerai donc pendu au cable du treuil et dans le souffle du rotor qui m'envoie sans cesse de la neige en pleine figure. Dans les quelques instants qui précéde le treuillage, je me répéte intérieurement les gestes a effectuer, l'exposition sous le sérac est telle que chaque seconde gagnée sera précieuse : sortir mon gars de son sac de couchage, le sécuriser sur moi, vérifier que son baudrier est bien fixé, le détacher de son relais puis faire dégager l'hélicoptére en étant certain que l'alpiniste n'est pas accroché à la paroi de glace par une longe qui aurait échappée à mon attention.  En effet, ce genre de mésaventure pourrait déstabiliser la machine, et nous conduire tous vers une issue fatale. Une fois ce schéma intégré, je fais un petit signe de main au mécano, le secours de Harry peut commencer.
Malgré cet accident, il a continuer la montagne et est maintenant le meilleur représentant de sa majesté dans les coupes du monde d'escalade de glace.

Le contest déroule, je ferais les 15 problémes à vue et gagnerais la finale :-) Une journée de repos à visiter Glasgow puis on  prend la route de Lake District. La bas, mon objectif est de tenter la réalisation d'une voie équipée et réalisée par Greg Boswell. Alpiniste de talent, le bougre est une montagne de muscle et je sais que le challenge ne sera pas simple, j'ai bien regardé la vidéo de son enchainement et je sais que ce cochon à fait deux mouvements extrémement loin, si loin que le trés entrainé et tres grand Hollandais Dennis Van Hoeck ne les a pas réussit. Comme la pluspart des sites de dry locaux, The Works est situé dans une carriére désaffectée. Les profils sont soit ultra-déversant soit carrément en toit. Le premier jour, prés un 9+ en échauffement, je tente "Guardian of the underworld", un D13 ultra long.  A part le Boswell, le peu de répétition ont été faite avec Yaniro et du coup, les pieds sont à découvrir avant chaque mouvement. Pendu au plafond, ces quelques secondes coutent trés cher en potentiel et finalement je tombe cramé à 2 moov de la fin du crux !




 Le lendemain, aprés un échauf' rapide, je suis motivé à 3000% pour tenter le 13 de "Powerdab". Actuellement, la côte la plus dure en dry est 14 , il existe seulement deux voies de ce niveau au monde : IronMan de Robert Jasper et Bichette, ma voie à l'Usine. Coté performance, la meilleure perf  à-vue doit tourner dans le 12. Une bonne observation de la ligne me met en confiance, il n'y a que 14 mouvements dans un quasi-plafond mais ça à l'air jouable à-vue !!!! Les séances d'entrainement à la grotte de Castor vont porter leurs fruits :-) Dés le premier moov, un jeté puissant, le ton est donné. 30 minutes d'effort et je tords la ligne à-vue. Dément, c'est surement la meilleure perf mondiale !!!!!!! Le dernier jour, je chope enfin la chaine de Guardian. 2 voies en D13 dans la besacce, jolie moisson :-))
Crédit Photos : Dorota BANKOWSKA / Connor Mc CARTHY / Andrew RUTHERFORD
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Et en cadeau, ces belles images prises sur la falaise de Quintal(74) par Julien FERRANDEZ http://julienferrandez.com/